Mesdames et Messieurs les Membres du Conseil,
Il m’est particulièrement agréable de vous souhaiter la bienvenue à la 11e session de l’Assemblée Générale de notre Conseil, réunie dans le cadre de la poursuite des travaux de notre institution au titre de la seconde moitié du mandat en cours. Cette session se tient conformément aux lignes directrices définies dans notre stratégie de travail et aux projets thématiques inscrits dans le plan d’action, et approuvés par le Bureau comme étant prioritaires à traiter durant ce mi-mandat. Ces projets ont un caractère structurant pour notre système d’éducation et de formation.
La présente session sera, par ailleurs, marquée par l’examen de projets réalisés, issus des travaux des commissions permanentes, sur lesquels l’Assemblée générale délibérera et qu’elle devra adopter au cours des deux jours de nos travaux.
Je voudrais, en premier lieu, souhaiter la bienvenue à deux nouveaux membres du Conseil, nommés par Monsieur le Chef du Gouvernement, sur proposition de Monsieur le ministre de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports, et les féliciter pour cette nomination, en leur adressant mes vœux de réussite dans leur mission. Il s’agit de :
- Monsieur Fouad Arouadi, Directeur de l’Académie régionale de l’éducation et de la formation de la région de Fès-Meknès, représentant les académies régionales, en remplacement de Monsieur Mustapha Esslifani ;
- Monsieur El Mefaddel Douhad, Directeur du Centre régional des métiers de l’éducation et de la formation de la région de Casablanca-Settat, représentant les établissements de formation des cadres pédagogiques, en remplacement de Madame Ikram Bouayad.
Mesdames et Messieurs,
Le Conseil veille constamment, à travers ses évaluations, ses analyses, ses avis et ses rapports, à porter un regard objectif sur les réalités de l’éducation dans notre pays, en mettant en évidence l’état d’avancement du processus de réforme et les acquis enregistrés par les différentes composantes du système d’éducation, de formation et de recherche scientifique. Il identifie également les obstacles qui appellent à une mobilisation renforcée afin d’y apporter les réponses appropriées.
Cette démarche méthodologique a fait la preuve de sa pertinence et de son efficience. Elle nous engage à poursuivre dans cette même voie, forts du constat que la connaissance des réalités de notre système d’éducation et de formation constitue un apport continu au processus de son développement et contribue à en faire l’un des fondements essentiels du développement durable de notre pays, ainsi qu’un levier majeur de promotion de l’individu et de la société.
En effet, la réflexion sur l’éducation et la formation ne saurait ignorer, dans le cadre des travaux de notre Conseil, les aspirations et attentes des familles marocaines, qui placent de grands espoirs dans l’école pour éduquer, former et instruire leurs enfants, leur offrir les meilleures perspectives d’insertion dans la vie active et professionnelle, et, par conséquent, leur permettre de tirer pleinement parti de l’ascenseur social. L’enseignement demeure, en effet, un secteur social par excellence, pour chaque individu et de chaque famille. Il interpelle l’ensemble des institutions concernées par ce secteur, à tous les niveaux, à assumer leurs responsabilités et à fournir des efforts continus afin de rester au diapason des évolutions et mutations qui affectent le système éducatif. La finalité est d’aller au-delà d’une simple réforme afin de réaliser une véritable transition vers une performance accomplie.
Animés par ces préoccupations, nous n’avons de cesse de tenir compte des aspirations de notre jeunesse. En effet, tout investissement dans le secteur de l’enseignement et de la formation, tous types confondus, y compris la formation professionnelle, est un pari sur la génération qui mènera notre pays sur la voie de l’avenir.
Ces défis incitent les différentes composantes de notre Conseil, à renforcer nos efforts et à exercer nos missions avec un engagement et une crédibilité qui se reflètent dans nos productions et évaluations objectives. Toutes ces exigences nous imposent de veiller à ce que notre action soit pleinement en phase avec les mutations en cours.
Mesdames et Messieurs,
Nul parmi nous n’ignore que le temps des réformes exige un souffle soutenu et novateur, une mobilisation tous azimuts et une continuité dans la mise en œuvre des projets, sans ruptures qui pourraient compromettre le processus du changement. Il requiert également l’implication de l’ensemble des acteurs du système d’éducation et de formation, chacun dans le cadre de son rôle et de ses prérogatives. La finalité consiste à franchir les obstacles pour atteindre ce qui entravent la transition du processus de réforme vers une dynamique effective de transformation.
Dans ce sens, il est incontestable que toute rupture avec la tendance à prolonger le temps de la réforme et à l’indécision dans sa mise en œuvre ne pourrait s’opérer qu’avec l’adhésion effective de l’ensemble des acteurs du système éducatif, quels que soient leur rôle et leur position, en mobilisant leurs capacités et les énergies avec détermination et crédibilité.
Notre Conseil ne peut, à cet égard, jouer un rôle effectif et efficient dans le champ éducatif sans un véritable investissement dans la formation institutionnelle, sans l’optimisation des performances de ses instances, sans le renforcement des capacités des cadres qui accompagnent l’action des commissions du Conseil. Cet effort est rendu impératif au regard de ce qui est désormais unanimement admis quant à l’accélération de la dynamique de la recherche, tant dans les domaines des sciences de l’éducation, que dans le champ des neurosciences, sans omettre l’évidence de l’impact de l’intelligence artificielle sur les modalités de l’éducation, de l’enseignement et de la formation.
Il faudrait souligner, à ce propos, que les diverses composantes de notre Conseil sont pleinement conscientes que notre institution se doit d’appréhender les problématiques de l’éducation et de la formation dotée d’une vision éclairée et arrimée au Maroc d’aujourd’hui, tout en se projetant dans le Maroc de demain. Il s’agit d’une approche qui exige du Conseil et de l’ensemble de ses composantes d’accompagner ces évolutions par une connaissance approfondie du terrain, un effort intellectuel créatif, une production solide et par l’acquisition d’une expertise appropriée. C’est à ce prix que le Conseil se positionnera comme un acteur agissant, influent et de référence en matière de réflexion sur l’éducation, la formation et la recherche scientifique.
Mesdames et Messieurs,
Nous accueillons l’année 2026 en inaugurant une nouvelle dynamique correspondant à la seconde moitié de l’actuel mandat du Conseil. Nous aspirons à focaliser nos travaux, nos rapports et nos évaluations sur les thématiques nécessitant une attention particulière afin de comprendre les réalités actuelles et futures du système d’éducation, de formation et de recherche scientifique. L’objectif est de dégager les éléments clés et d’esquisser les pistes susceptibles d’engager notre système éducatif sur la voie d’une transformation crédible, positive et durable.
Il est désormais certain que nous traversons actuellement un tournant décisif marqué par une nouvelle ère, au niveau National et international, qui impacte notre système d’éducation et de formation. Cette ère a pour emblème l’intelligence artificielle et se caractérise notamment par l’usage intensif et de plus en plus généralisé des outils de communication numérique par les jeunes, tant dans le domaine de l’éducation et de la formation que dans leurs interactions quotidiennes, leurs modes d’expression et de mobilisation.
Nous assistons désormais à une forme d’inflation en matière de communication numérique et une connexion précoce des adolescents et des jeunes aux réseaux sociaux, avec une fascination extrême et un engouement sans cesse grandissant pour attirer le plus grand nombre de followers. Il s’agit là d’une nouvelle donne qu’il faudrait prendre en compte à la faveur de l’élaboration de tout programme relatif aux processus d’éducation et de formation. Les systèmes éducatifs sont désormais dans l’obligation d’accorder à ces nouveaux phénomènes sociaux un intérêt particulier, pour atténuer par la pédagogie la vague qui est en train de concurrencer, voire parfois, de remplacer l’action pédagogique.
Nous ne pouvons en aucune manière éduquer les générations actuelles avec les savoir-faire du passé. Cependant, il ne s’agit pas seulement d’équipements et d’outils. L’enjeu réside avant tout dans les modalités d’enseignement, les curricula, la nature des programmes et des contenus d’enseignement…Autant de problématiques qui requièrent une attention soutenue de la part du Conseil, dans le cadre des travaux qu’il est appelé à mener pour l’élaboration de ses avis, de ses rapports et de ses évaluations.
Partant de ces considérations, nous devons intégrer dans nos réflexions les différentes mutations induites par ces nouveaux usages, ainsi que l’impact de la technologie sur les modes de communication des jeunes et leur appétence croissante à participer au débat public et à contribuer à l’élaboration des politiques publiques. Dans ce contexte, le Conseil est appelé à mobiliser ses potentialités intellectuelles et les riches compétences de ses membres afin de contribuer à la promotion du système d’éducation et de formation et de faire en sorte que l’école demeure une institution capable de doter la jeunesse par le savoir, en lui fournissant les outils nécessaires pour faire des choix éclairés et comprendre son environnement social, national et mondial.
Le Conseil s’est toujours attaché à accompagner les évolutions du système d’éducation, de formation et de recherche scientifique, et à soutenir l’école par le biais de ses avis, rapports et évaluations. Dans le prolongement de cette démarche, il axera, durant la seconde moitié du mandat actuel, ses efforts sur les thématiques structurantes de la réforme, qui requièrent encore approfondissement et analyse. Il se penchera également sur les problématiques issues du contexte actuel, qui ont replacé la question de l’enseignement au centre du débat public, nous invitant ainsi à redoubler d’efforts pour être pleinement en phase avec les enjeux de ce contexte.
Outre la finalisation par les commissions de l’ensemble des rapports qui étaient programmés au cours du premier mi-mandat, le Conseil a œuvré pour l’élaboration d’un plan d’action pour la seconde moitié du mandat actuel, lequel a été soumis à l’attention du Bureau du Conseil. Ce plan d’action est décliné en trois axes principaux :
- Le premier axe concerne les contributions attendues du Conseil en matière de débat public sur l’éducation, la formation et la recherche scientifique, tant au niveau national que régional. Il se concrétisera par l’organisation d’ateliers de réflexion réunissant les différents acteurs concernés, pour examiner l’état actuel de l’école et de l’université, en prenant pour référence le rapport élaboré à la mi 2024 par le groupe spécial de travail sur le thème : « Al-Madrassa al-Jadida : un nouveau contrat social pour l’éducation ».
L’objectif visé est de passer en revue les avis des divers acteurs, directs et indirects, sur le pacte autour de la promotion de l’école dans notre pays. Le débat sera élargi par l’organisation d’ateliers auxquels prendront part l’ensemble des acteurs concernés, y compris les acteurs régionaux et les jeunes.
Cette démarche repose sur le principe que la réforme du secteur de l’éducation et de la formation ne peut aboutir sans un ancrage décentralisé, régional et territorial. Elle s’inscrit dans la continuité des orientations royales, telles que formulées dans le message adressé par Sa Majesté le Roi au Parlement de l’enfant, tenu à Agadir en novembre 2008, dans lequel le Souverain soulignait la nécessité de « suivre une démarche de bonne gouvernance territoriale dans des secteurs clés, notamment l’éducation et l’enseignement, la formation professionnelle, la santé et le sport, ainsi que la protection de l’environnement ».
Dix-sept ans après, Sa Majesté le Roi va réitérer cette attention, dans son discours du 10 octobre 2025, lors de l’ouverture de la première session de la 5e année de la 11e législature, en faisant le lien entre « la promotion des secteurs de l’enseignement et de la santé et la mise à niveau du territoire…». Ainsi, il est essentiel de prendre en considération cette dimension territoriale, dans un cadre contractuel visant à consacrer une nouvelle école qui s’identifie au territoire dans lequel elle est ancrée, et qui garantit aux apprenants un enseignement et une formation de qualité. Une école qui veille à ce qu’aucun enfant ne soit laissé en dehors de l’école et une université capable de doter la jeunesse des qualifications nécessaires, tout en veillant à la production des idées et du savoir dans l’ensemble des régions du Royaume.
- Le deuxième axe se rapporte à l’évaluation globale. En effet, le Conseil s’attellera, dès le début de l’année en cours, à finaliser l’évaluation globale de la décennie (pour la période 2015-2025), à l’instar de celle qu’il a effectué en 2014, lorsque le Conseil a publié un rapport d’évaluation relatif à la décennie de la mise en œuvre de la Charte nationale d’éducation et de formation.
Dix ans après la publication de la Vision stratégique, et six ans après l’entrée en vigueur de la Loi-cadre, le Conseil, à travers l’Instance Nationale d’Evaluation, est actuellement en train d’élaborer un rapport d’évaluation portant sur la décennie qui vient de s’achever, conformément à la mission que lui a conféré la loi portant son organisation, prévoyant de réaliser et de publier des évaluations globales, sectorielles et thématiques des politiques et programmes publics dans les domaines de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (art. 2 de ladite loi).
Cette évaluation vise à apprécier les progrès réalisés par le système au cours des dix dernières années, ainsi que le degré d’appropriation de la Vision stratégique et de mise en œuvre de la loi-cadre. Elle permettra de mettre en exergue les acquis enregistrés et d’identifier les difficultés persistantes, en prévision de l’expiration de l’échéance fixée par la Vision stratégique de la réforme (2030).
- Le troisième axe enfin, est consacré aux travaux des commissions du Conseil, axés sur les questions structurelles du système de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique. Il s’agit de problématiques qui demeurent sujets à la réforme et qui entravent l’arrimage de notre système éducatif aux standards des pays avancés. Ces travaux porteront notamment sur les curricula, la gouvernance du système, l’accessibilité et les disparités en matière d’éducation et d’enseignement, les mécanismes de valorisation de la recherche scientifique et de la formation universitaire, les métiers de l’éducation et de la formation, les relations entre l’école et la culture, ainsi que la formation continue. Dans ce cadre, le Conseil consacrera également un espace spécifique à la réflexion sur l’intelligence artificielle et ses interactions avec l’éducation, la formation et la recherche scientifique, en s’inspirant des expériences internationales, et ce, en vue de l’élaboration d’une recommandation en la matière.
L’ensemble de ces travaux vise à faire en sorte que les avis et rapports du Conseil apportent une valeur ajoutée réelle aux politiques éducatives, suscitent l’intérêt des responsables des secteurs concernés et traduisent l’engagement constant du Conseil à assumer pleinement les missions que la Constitution et la loi lui ont confiées.
Les rapports du Conseil ont, par ailleurs, vocation à nourrir le débat public, dans la mesure où les questions d’éducation et de formation constituent une préoccupation partagée par l’ensemble des Marocaines et des Marocains, toutes catégories sociales confondues, chacun aspirant à une amélioration durable de la qualité de l’éducation, de la formation et de la qualification des générations actuelles et futures.
Mesdames et Messieurs,
Notre Assemblée Générale se penchera, dans quelques instants, sur l’examen d’un certain nombre de travaux réalisés par les commissions du Conseil et qui traitent de problématiques importantes liées à la réforme du système éducatif, ainsi que le rapport annuel du Conseil, son plan d’action et son budget pour les deux prochaines années 2026-2027.
La présente session nous offrira également l’opportunité d’écouter les exposés de Messieurs les ministres, que nous remercions par avance, et à travers lesquels le Conseil pourra suivre les principales nouveautés ayant accompagné la présente rentrée scolaire, universitaire et de formation.
Mesdames et Messieurs les membres,
Il convient de garder constamment à l’esprit que le rôle conféré par la Constitution à notre institution consiste à assurer le suivi du système d’éducation, de formation et de recherche scientifique, à travers des diagnostics, des analyses, des recommandations et des propositions d’amélioration consignés dans les rapports du Conseil. À cet égard, je tiens à souligner tout particulièrement l’importance des rapports élaborés par les commissions permanentes et les groupes spéciaux de travail. Ce suivi se traduit également par les avis rendus et par les évaluations globales, thématiques et sectorielles, ayant pour objectif de porter à la connaissance de la société l’état de son école et de son université, et de l’informer des réalités de son système d’éducation et de formation.
Je voudrais adresser mes vifs remerciements à l’ensemble des acteurs œuvrant dans les domaines de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique, en particulier les départements ministériels en charge des différentes composantes de notre système d’éducation, de formation et de recherche scientifique, pour l’appui constant et l’esprit de coopération dont ils font preuve à l’égard du Conseil. Cette coopération traduit une conviction partagée selon laquelle notre objectif commun est la promotion de l’école et de l’université marocaines, ainsi que de l’ensemble des établissements relevant des champs de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique dans notre pays.
Je suis profondément convaincue que les travaux de cette session de notre Assemblée générale seront couronnés, à l’instar des sessions antérieures, par l’atteinte des résultats fixés.
Enfin, je ne saurais laisser passer l’occasion de la tenue de notre Assemblée Générale sans exprimer la solidarité du Conseil avec les populations des régions durement touchées, ces derniers temps, par les inondations et les chutes de neige abondantes qui ont affecté notre pays, ainsi que par les difficultés multiples qu’elles traversent dans ces circonstances exceptionnelles. Je tiens également, dans le même esprit, à saluer les efforts soutenus et remarquables déployés par les équipes de secours et de soutien, mobilisées pour venir en aide aux populations sinistrées et contribuer à l’atténuation de leurs souffrances.
À cet égard, je rappelle que le Conseil avait approuvé, lors d’une précédente session de l’Assemblée Générale, un rapport élaboré par la Commission des curricula, consacré à la thématique du système éducatif en temps de crises, notamment lors de la pandémie de la Covid-19, de la catastrophe du séisme d’Al Haouz, ainsi que durant les périodes de grèves des personnels du secteur. Il apparaît aujourd’hui particulièrement opportun de souligner la pertinence de ce rapport, actuellement sous presse, alors que notre pays fait face à des aléas climatiques dont les conséquences se révèlent particulièrement lourdes dans plusieurs régions du Royaume.
Dans ce contexte, nous ne pouvons que réaffirmer notre solidarité avec le secteur de l’éducation nationale, au regard des efforts continus qu’il déploie pour prévenir et limiter les risques susceptibles de menacer la sécurité des élèves, des enseignants et de l’ensemble des cadres administratifs.
Je vous remercie pour votre attention.


