Je voudrais d’abord exprimer mes sincères félicitations au Professeur Elyazid Radi à la suite de sa nomination par Sa Majesté le Roi en tant que Secrétaire général du Conseil supérieur des Oulémas, en lui souhaitant plein succès dans ses missions et en lui adressant nos vœux de bienvenue en tant que nouveau membre du CSEFRS, ès qualité, succédant ainsi au Pr Mohammed Yssef, ancien membre de notre Conseil. Je saisis cette opportunité pour saluer les précieuses contributions du Professeur Yessef aux travaux des différentes instances de notre Conseil, au sein desquelles il a pleinement mis à contribution son expérience et ses compétences.
Mesdames et Messieurs,
Nous voilà réunis aujourd’hui dans le cadre de la poursuite des travaux du Conseil et de l’action de ses commissions permanentes et ad hoc, pour assurer le suivi de l’actualité du système éducatif, conformément aux missions constitutionnelles conférées au Conseil, relatives à l’examen des projets que le Bureau a jugés éligibles à un examen et à une approbation par notre Assemblée générale.
La présente session est ainsi appelée à délibérer au sujet du projet d’avis, élaboré en réponse à la saisine adressée au Conseil par Monsieur le Chef du gouvernement
le 6 avril 2026, et sollicitant, conformément à l’article 2 de la loi relative au Conseil, un avis consultatif au sujet du « Projet de restructuration de la carte universitaire publique marocaine ». Cette saisine a été assortie de la circonstance d’urgence en vertu des dispositions du paragraphe 2 de l’article 3 de ladite loi.
À la suite de cette saisine, comme vous le savez, le projet a été déféré à une commission ad hoc créée spécialement à cet effet par l’Assemblée générale, qui en a approuvé la composition lors de la précédente session, tenue le 14 avril 2026. Elle l’a chargée d’examiner le projet objet de la saisine et de préparer un projet d’avis à son sujet.
Par conséquent, la commission ad hoc, composée de treize membres, dont la majorité font partie du Bureau du Conseil, s’est attelée à l’élaboration du projet d’avis, à travers des réunions et des travaux soutenus, menés conformément aux exigences de la méthodologie d’urgence induite par ce cas de figure. Qu’elle en soit vivement remerciée.
Le Conseil a, ainsi, veillé à donner suite à la saisine du Chef de gouvernement dans le délai d’un mois prévu par le cas d’urgence, exprimant par là le vif intérêt que les membres de notre institution portent à ce sujet, ainsi que leur engagement constant à consentir tous les efforts de nature à contribuer à la promotion du système d’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, et leur attachement à ce que les avis du Conseil soient pertinents et exclusivement guidés par l’objectivité et par la primauté à accorder aux intérêts de l’université marocaine et des générations qui s’y succèdent.
Les universités publiques accueillent, en effet, la grande majorité des étudiants. Cette réalité nous engage à renforcer leur positionnement, au regard du rôle déterminant qu’elles jouent dans la formation des étudiants, avec le niveau de qualité auquel nous aspirons collectivement. Nous sommes, par conséquent, appelés à préserver le rôle déterminant de ces institutions dans la formation de la jeunesse, des compétences nationales, et des élites éclairées, appelées à contribuer à l’édification de notre pays aujourd’hui et à sa préparation aux défis et aux ambitions de demain. Les universités se situent également à l’avant-garde de la production et de la diffusion des savoirs et des connaissances dans les différentes disciplines.
Mesdames et Messieurs,
Je saisis aujourd’hui cette opportunité lors de laquelle le Conseil aura à donner son avis sur « la carte universitaire » pour souligner que l’enseignement supérieur se doit de jouer les premiers rôles en matière de réflexion et d’accompagnement de notre système éducatif en vue de concevoir les meilleures solutions à même de faire bénéficier les secteurs de l’éducation des efforts déployés par les universités en ce domaine.
Dans ce contexte, l’université est appelée à se proposer en tant qu’espace d’expérimentation des théories et des approches pédagogiques utiles à notre système d’éducation et de formation. Elle sera, ainsi, à même de jouer un rôle déterminant dans la conception d’idées et d’approches novatrices dans les domaines pédagogiques, qui seront sans nul doute bénéfiques pour l’ensemble du champ éducatif.
L’expérience de nombre de sociétés, particulièrement celles dotées de systèmes éducatifs performants, nous enseigne que leurs universités constituent des espaces où sont produits des approches et des expériences scientifiques dont les résultats sont testés sur le terrain, au sein d’établissements éducatifs. Ainsi, l’école et le champ pédagogique sont les premiers bénéficiaires de ce type de recherches, de savoirs et des approches théoriques appliquées à l’éducation, une fois menées à maturité dans les laboratoires hébergés au sein des universités. Ces exemples nous incitent à soutenir tout ce qui est de nature à faire de l’université publique un espace de création et d’innovation.
Les universités sont, plus que jamais, tenues de demeurer le lieu de rayonnement du savoir, de la qualité de la connaissance et les garantes des valeurs inhérentes à la science et au savoir. Ce rôle est d’autant plus déterminant à l’heure actuelle où se répandent à une large échelle des contenus trompeurs et des images manipulées au moyen des technologies de l’IA.
La situation exige, par ailleurs, que l’enseignement supérieur soit adapté au regard des évolutions technologiques en cours dans un contexte qui fait l’objet de constantes mutations. Cette adaptation devra permettre aux étudiants d’être outillés pour intégrer efficacement un marché de l’emploi sans cesse changeant et subissant, parfois, des mutations radicales sous l’effet des transitions technologiques accélérées. En effet, les métiers connaissent un profond changement dans le sillage des évolutions rapides de la technologie ; cela implique de doter les étudiants de compétences transversales telles la capacité d’adaptation, la créativité, la prise d’initiative, le travail collaboratif et le réflexe de l’innovation dans le travail. Un tel contexte appelle une approche pluridisciplinaire afin d’être en mesure de faire face à des problématiques complexes débordant largement un seul domaine et se situant plutôt aux points de recoupements entre plusieurs spécialités.
Il est évident que les universités ont également un rôle social essentiel à jouer, à travers leur contribution à la réduction des disparités sociales et culturelles quant au droit d’accès au savoir, à celui de s’approprier, de manière responsable, les outils numériques susceptibles de contribuer à l’enrichissement et à la valorisation des savoirs au sein de l’université. Celle-ci est appelée à demeurer la garante de la rigueur scientifique et de la qualité des savoirs, dans un contexte marqué par la prolifération des fake news et la diffusion de contenus peu fiables ou irresponsables.
Mesdames et Messieurs,
La mission de l’enseignement supérieur vit actuellement une profonde mutation. En effet, accéder à l’université ne se résume plus à une quête d’acquisition de la connaissance et du savoir, sachant que l’une et l’autre sont désormais largement disponibles grâce aux outils intelligents. De même, l’enseignement supérieur ne se limite plus à la transmission et à la diffusion des savoirs. Il est désormais appelé à contribuer à la formation de citoyens responsables, capables de comprendre le monde dans lequel ils évoluent, d’en interroger les dynamiques avec pertinence, de participer à la construction de leur propre avenir et d’appréhender, en pleine conscience et à bon escient, les nouvelles problématiques susceptibles d’impacter le pays et la société auxquels ils appartiennent.
De même, l’université ne se limite plus à la formation de spécialistes, d’autant que certaines compétences techniques sont devenues évolutives et tombent rapidement en obsolescence. La mission actuelle de l’enseignement vise désormais à développer des esprits capables de comprendre et d’analyser, d’acquérir des compétences d’apprentissage tout au long de la vie, et de s’adapter aux transformations rapides de la société et du monde.
Par conséquent, il n’est plus possible de confiner le rôle l’enseignement universitaire dans la seule perspective de doter l’étudiant d’un viatique cognitif ; il doit également le préparer à s’armer de la capacité d’adaptation à un monde objet désormais d’une avalanche de flux d’informations, d’une abondance informative ahurissante et un environnement dans lequel nombre de savoirs sont à portée de clic.
Dans le contexte de la réponse du Conseil à la saisine du gouvernement, à travers l’émission d’un avis à propos de la structuration de la carte universitaire et de la réflexion au sujet de ses modalités, il est nécessaire de rappeler le rôle pionnier que l’université marocaine est appelée à jouer à l’heure actuelle. L’enseignement, en effet, vit actuellement de profondes mutations tant en matière d’approches pédagogiques que de modalités de production des savoirs. Le système éducatif vit à une époque où la transmission des savoirs n’est plus la mission prépondérante de l’enseignement. L’intérêt est désormais davantage focalisé sur la construction des capacités de réflexion chez les étudiants afin de se doter des compétences qui permettent de questionner les savoirs désormais disponibles. L’objectif consiste, par conséquent, à aiguiser ces capacités pour pouvoir en tirer profit.
Mesdames et Messieurs,
Le fait de consacrer la présente session aux délibérations relatives au projet d’avis du Conseil sur la carte universitaire constitue une occasion propice pour explorer tout ce qui est considéré comme indispensable et essentiel à la promotion de l’université marocaine, en vue de la territorialiser régionalement avec rationalité et en tenant compte notamment :
- d’une part, de la future croissance démographique dans chacune des régions, de ses besoins économiques et des exigences de la consolidation de la gouvernance et de la bonne gestion et de la mise à niveau des divers services ainsi que de la mobilisation des ressources nécessaires ;
- et d’autre part, de la nécessité d’adopter une approche prospective de l’évolution des diverses spécialités pour consacrer les missions de l’université tant actuelles que dans le futur.
L’ensemble de ces considérations s’inscrit dans un processus de développement d’un enseignement supérieur et d’une recherche scientifique à même d’accompagner la période de transition qualitative que nous vivons actuellement. Cette transition exige de notre enseignement supérieur qu’il soit en phase avec les défis liés aux profondes mutations affectant les systèmes d’enseignement, ainsi que les modalités d’acquisition, de production et de gestion des savoirs dans notre pays.
Il faudrait souligner à ce propos que les membres de notre Conseil, ne cessent de déployer d’intenses et fructueux efforts pour remplir pleinement les missions qui leur sont conférées, dans le cadre de ce que permet la loi relative au Conseil, avec comme objectif d’apporter leur appui aux secteurs de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique dans notre pays.
Je voudrais, à cet effet, exprimer mes vifs remerciements à la commission ad hoc qui a œuvré pour la préparation du projet d’avis pour son engagement et pour son action continue et soutenue, dans des délais serrés, et qui ont permis d’aboutir en fin de parcours à l’élaboration du projet d’avis soumis à l’attention de notre Assemblée générale aux fins d’approbation.
Mes remerciements s’adressent à l’ensemble des membres de la commission ad hoc qui ont consacré le temps exigé par la rigueur de la réflexion et de l’action, afin que nous puissions, dans un court délai, présenter aujourd’hui ce projet d’avis devant notre Assemblée générale, après son examen attentif par le Bureau du Conseil
le 4 mai 2026, et à la suite de l’introduction des modifications nécessaires et pertinentes ainsi que les propositions émises à cet effet par les membres.
Je ne finirai pas mon propos avant de remercier, encore une fois, les membres de la commission ad hoc :
- Mohamed Amine SBIHI, Président de la commission ;
- Mme Amina LEMRINI EL OUAHABI, Rapporteuse de la commission ;
- Hamid BOUCHIKHI
- Mohammed AMAR
- Mohamed RHACHI
- Yassine ZAGHLOUL
- Abdelouadoud KHARBOUCH
- Elhabri EL HABRI
- Mohammed FAKIR TEMSAMANI
- Ahmed AKHCHICHEN
- Saïd AMIRI
- Thami GHORFI
- Amine BENSAID
Je voudrais également remercier l’équipe d’appui composé de M. Ahmed BAYYA, Mme Widad HABLATOU, et M. Noureddine ERROUAMI, qui ont accompagné le travail de la commission ad hoc avec une efficience remarquable et une compétence de haut niveau.
Je vous remercie.


